Par nos correspondants Sadika Akhter et Tofail Alamgir
Le Projet de Nutrition Intégrée de Plan Bangladesh a pour but de lutter contre la malnutrition très répandue chez les enfants entre 0 et 5 ans. Le cas de Nelima montre comment une femme peut aller au-delà des rôles traditionnels grâce à sa propre détermination, avec le soutien de son époux et avec l’aide de Plan.
L’histoire de Nelima
Nelima s’est mariée à l’âge de 12 ans après avoir été en classe jusqu’au 8ème niveau. Aujourd’hui, elle vit avec son fils, sa fille, son mari et sa belle famille. Au début, son ménage était extrêmement pauvre. Ses beaux-parents étaient âgés et incapables de travailler. Son mari, seul soutien financier de la famille, ne gagnait pas suffisamment d’argent pour subvenir au besoin de tant de personnes. Il arrivait donc que la famille n’ait pas à manger et Nelima demandait l’aide de ses propres parents.
En 1994, le mari de Nelima a accepté qu’elle prenne part au projet de micro finance et d'activités génératrices de revenus. Elle commença alors l’élevage de volailles. Pour ce projet elle avait besoin du soutien de son mari pour vendre les poulets sur le marché car les femmes ne sont pas autorisées à y vendre des produits.
Par le biais de son beau-frère, Nelima a rejoint le comité en charge de la nutrition de Plan : elle a commencé des activités de pêche et à créer un jardin potager. Le foyer avait ainsi des légumes tout au long de l’année. Cela lui permettait même d’avoir un revenu complémentaire grâce aux ventes. Avec ses revenus Nelima a acheté des vêtements, un ventilateur électrique et des boucles d’oreille pour sa fille. Elle a aussi payé les frais de scolarité de ses enfants et a pu financer l’opération de l’appendicite de sa fille. Maintenant, elle prévoit d’acheter une télévision. Elle s’est même portée candidate lors des élections de l’Union Parisad (élection du gouvernement local) : bien qu’elle n’ait pas remporté l’élection, elle pense tout de même que cela valait la peine.
Nelima nous a déclaré qu’il était difficile pour elle de subir les commérages de sa belle-famille et des villageois. Les femmes ne sont pas censées gagner leur vie, avoir un terrain et des revenus. Les gens disent : « Elle court ici et là, elle ne s’occupe pas de sa famille. Elle était une femme ; maintenant elle est devenue un homme ».
Nelima ajoute : « Je n’écoute pas les gens. Je pense seulement que je dois aider ma famille. Les gens parlent beaucoup mais ils ne nous aident pas ».
Ce que cet exemple nous apprend
L’exemple de Nelima démontre que les femmes peuvent, dans certains cas, aller au-delà des limites qui leur sont imposées. Son niveau d’éducation plutôt élevé et sa détermination lui ont permis de surmonter les commérages de sa belle-famille et des membres de la communauté. Elle avait aussi le soutien de son époux et de son beau-frère, ce qui est nécessaire pour la réussite d’un tel projet.
Le fait que sa famille était si pauvre lui a permis de s’engager par nécessité dans des activités génératrices de revenus. Dans son foyer, elle a gagné le respect par la réussite de ses projets ce qui lui donné plus de liberté.
Le coordinateur du projet Plan déclare : « Au Bangladesh, le degré à partir duquel les femmes contrôlent les revenus dépend en partie de leur rang social, de leur statut socio-économique et de leur éducation. Les femmes issues de familles aisées, les femmes dont les maris ne peuvent subvenir aux besoins de la famille et les veuves peuvent par exemple bien gérer leurs revenus.»
Dans ce projet, les hommes ont autorisé leurs femmes à prendre part aux activités liées à l’éducation et à la nutrition. Avec le temps, ils ont changé leur attitude concernant la distribution de nourriture au sein du foyer, les habitudes alimentaires et la consommation de légumes. Des indicateurs à court terme montrent une amélioration de la santé des enfants dans cette zone du programme.